Nagasaki à flanc de colline
Deuxième jour à Nagasaki, que nous allons pouvoir explorer sans avoir des heures de train au compteur et les épaules luxées par nos sacs à dos.
Le temps est, comme toujours, au beau fixe.
On a décidé d'optimiser l'itinéraire pour que ma tête soit plus forte que mes jambes en fin de journée.
La première visite sera Suwa Jinja, au nord de notre AirBnb.
Comme toujours, je me laisse porter par le programme étudié en amont, et donc je peux juste dire que le temple est effectivement magnifique.
Il est perché en haut d'une volée de marches et lorsque nous en approchons, nous voyons une famille descendre d'une voiture. Les parents sont endimanchés. Les enfants, quant à eux, portent des kimonos et des sandales, qui s'avèrent difficiles à concilier avec les escaliers.
Les adultes leur tiennent la main et attendent patiemment que les petits aient fini de gravir les marches.
D'autres familles les rejoignent, amenant avec elles d'autres enfants en habits traditionnels.
Je demande à une dame sur un banc le pourquoi du comment, et elle me répond qu'il s'agit du Shichi-Go-San, la cérémonie qui marque les 3 et 7 ans des petits garçons et les 5 et 7 ans des petites filles.
Les familles se rendent au temple dans leurs plus beaux atours pour immortaliser l’occasion.
Nous croisons donc la famille d’Ao, petit bout de 3 ans, l’air grave sous son ombrelle et un peu embarrassé de ses sandales trop grandes et de son kimono qui n’a pas l’air bien pratique pour jouer avec les copains.
Autour de lui, une foule de photographes, armés de grelots et de dinosaures en plastique, rivalise de mimiques et de stratagèmes pour capter son attention et lui faire regarder l’objectif.
Le bambin, un peu déconcerté, sent bien qu’on attend quelque chose de lui et pose obligeamment sous les torii du temple sous les « Kawaii » admiratifs des adultes.
Après avoir demandé l’autorisation à la famille, nous prenons nous aussi quelques photos puis continuons notre route.

Au bout de l'allée, un arbre gigantesque est posté devant un autel.
Comme moi et mon père sommes en frustration constante de ne pas reconnaître les plantes, les arbres et les bêtes, je demande leur nom à tour de bras aux japonais que je croise.
C'est le jardinier qui a ici le malheur de croiser mon regard pendant sa pause thermos, et qui m'apprend que l'arbre est un Kusunoki, soit un camphrier, et qu'il affiche l'âge vénérable de 600 ans, pour un diamètre de trois paternels et demi.
Nous profitons de l'endroit à l'ombre des branches puis nous repartons vers l'allée de Torii où nous avisons une nouvelle horde de photographes.
Cette fois-ci, pas d'enfants à l'horizon. Il s'agit d'un couple de fiancés en habits de cérémonie venus faire une séance photo par cette superbe journée d'automne. La jeune femme porte un kimono aux couleurs de l'automne rehaussé de liserés d'or. Elle porte dans ses bras un bouquet de fleurs et d'épis séchés et elle est évidemment magnifique. Le futur marié, quant à lui, porte un habit traditionnel noir rayé de blanc, plus sobre mais très élégant.
Eux aussi posent obligeamment pour nous. (club VIP toussa toussa)
Puis, après la visite du temple, direction Meganebashi (le pont Lunettes) que je n'ai pas vu la veille pour cause d'hibernation soudaine.
On passe sur les bords de rivière dont les pierres ont été enlevées pour laisser pousser les branches des pins.
Le pont lui-même est accessible par un chemin au bord de l'eau, et je remarque un petit vieux qui ramasse des poignées de pièces de 100 yen et qui les enfouit dans le mur, d'où elles sont apparemment tombées.
Deux jeunes femmes le regardent aussi avec curiosité et il leur explique que ce sont des petites offrandes pour appeler l'amour, puisqu'il y a une pierre en forme de cœur et un "I" (à prononcer à l'Anglaise, Aï voulant dire "amour" en japonais). C’est finalement presque poétique de voir ce vieux monsieur ramasser les pièces qui ne tiennent pas dans la niche et les y remettre, au risque de les voir retomber, emportées par les intempéries, le vent, les mains moins attentives. Je l’imagine passant tous les jours sur les pierres en bord de rivière pour vérifier le mur et redonner une seconde chance aux offrandes des amoureux déçus.
La prochaine étape après le bord de la rivière est le temple de Sōfuku Ji.
Google Maps nous indique un itinéraire pas forcément très clair. On suit d'abord une petite rue commerçante où se succèdent friperies et restaurants puis on se dirige vers ce qui ressemble à un parc que l’on pense pouvoir traverser pour atteindre notre destination.
En guise de parc, c’est finalement un petit temple que nous découvrons, dont la cour ensoleillée et un banc stratégiquement placé nous incitent à nous poser pour manger nos onigiris coupe-faim accompagnés d’une rasade de thé.
Nous décidons ensuite de pousser l’exploration un peu plus loin.
On me promet un monument au Gingko à 70m... Il en faut moins pour me convaincre. Nous commençons donc à monter doucement un petit escalier de pierres qui s'élève entre les tombes.
Et plus on monte, plus on s'émerveille devant l'étrange et calme poésie qui se dégage du lieu.
On prend de la hauteur, le panorama de la ville en contrebas contraste avec cette bulle minérale que seuls les crépitements des feuilles mortes et le miaulement intermittent des corbeaux viennent troubler.
Au détour d'un escalier de pierre nous croisons la route d'une équipe harnachée de pelles, balais et râteaux en bambou qui est en chemin pour aller nettoyer un carré de tombes, lequel se trouve apparemment tout en haut du cimetière.
Le hasard nous fait prendre le même chemin et nous quittons soudainement la partie ensoleillée et minérale du lieu pour déboucher dans une partie ombragée, plus sauvage, envahie de végétation et d'escaliers moussus.

On croise des petites statuettes recouvertes de lichen. Ce sont les Ojizo-san, qui veillent sur les morts et sont habillés et entretenus par la famille des défunts.
Dans cette partie du cimetière, la mousse recouvre peu à peu les souvenirs.
Au bout de la dernière montée, nous débouchons au sommet de la colline. Un petit café placé stratégiquement en surplomb de la vallée nous accueille dans une salle étroite pendant que joue la gnossienne de Satie.
Un vieil homme attablé devant une tasse de porcelaine bleue, nous entendant parler entre nous, tend l’oreille et nous salue en quelques mots d’un mélange de français haché et de japonais guttural.
Dans son téléphone, une conversation avec une correspondante française : Natalie.
Le dernier fichier audio qu’elle lui a envoyé est une lecture des Feuilles Mortes de Prévert et nous joignons nos voix à la sienne pour l’accompagner dans sa récitation.
Ravi, il s’apprête à relancer l’enregistrement mais est finalement stoppé dans son élan par le cafetier qui amène nos tasses et lui fait comprendre par la même occasion qu’il est temps de laisser ses clients boire en paix.
Enthousiasmés par cette balade imprévue nous décidons finalement de redescendre vers Sōfuku Ji au hasard des petits escaliers tortueux qui nous ramènent en bas de la colline.
Sōfuku Ji se trouve juste à gauche de l'endroit où nous débouchons. Le temple est davantage inspiré par les architectures chinoises et les piliers comme la porte d'entrée en bois sont ornés de peintures rouges, vertes et de volutes cubiques. On trouve dans l'enceinte du bâtiment une marmite géante qui servit à nourrir la population dans les années 1600
Mes pieds commencent à demander une pause, et pour éviter l'effet boomerang de la veille, je plaide pour un tram qui nous emmène à Dejima, cette île artificielle où le Shogun confina les Néerlandais entre 1641 et 1853. Ils étaient les seuls, à l’époque, autorisés à commercer avec le Japon.
L'île est maintenant transformée en musée à ciel ouvert et, autour de la rue principale, se tiennent des maisons en bois peint avec balustrades à l'étage et porte coulissantes à la japonaise au rez-de-chaussée.
L'endroit est vite visité, surtout pour des européens pour qui l'attraction principale se trouve être l'équipe de désherbage qui épile les sillons entre les pavés de la grande porte.
Le soir tombant vite, nous décidons d'avancer en direction de la rive ouest, où la fameuse vue nocturne nous attend.
La traversée du pont nous offre déjà des vues magnifiques sur le port, où la mer prend peu à peu une couleur étain.
Le parcours, un peu plus long que prévu, longe des rubans de voie rapide où les néons commencent à s'allumer, entre le bruit des voitures et le coucou des feux rouges.
Nous arrivons au pied du téléphérique au moment où le soir laisse place à la nuit, et nous embarquons dans la cabine pour 5 minutes de trajet vers le haut de la montagne.
À peine la cabine démarrée, les hauts parleurs se mettent en route pour nous raconter, sur fond de violon mielleux, l'histoire de Nagasaki et la construction du téléphérique.
Catherine et moi échangeons un regard mi amusé mi catastrophé devant cette omniprésence de voix robotiques et d'accompagnements musicaux dans les endroits les plus improbables.
Sur le ton de la plaisanterie, je présume qu'une fois arrivés en haut il nous suffira probablement de suivre les flèches clignotantes pour arriver jusqu'au point de vue...
Hahaha…
Les Japonais n’ont aucun second degré.
Nous débouchons donc sur un couloir de néons multicolores flanqué de ses deux indispensables distributeurs automatiques et nous le suivons jusqu'à une plateforme à 360° remplie d'une foule venue admirer les lumières de la ville. Le divertissement à chaque coin de rue.
Les spots à selfie sont identifiés, un parking est stratégiquement placé pour ceux qui décident de faire le chemin en voiture (nous cherchons brièvement du regard le papy de la veille qui aurait kidnappé d’autres touristes). Un complexe circulaire totalement vitré de plusieurs étages se dresse en bord de falaise (ascenseur inclus).
Après une poignée de minutes à tourner sur le toit (dans le sens des aiguilles d’une montre) dans le vent glacial, je capitule et descend boire un café chaud au rez-de-chaussée de la plateforme, mais comme vous n’avez pas besoin de vous battre contre une otite sauvage, je vous laisse admirer la vue
Alors? Mieux que Monaco ou pas?
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"Kawaii" - "Cékromignonnnnn"
























