Nagasaki - Des Pays Bas à Monaco
Après une nuit reposante et un semblant de grasse matinée, nous mangeons notre petit déjeuner acheté la veille au Konbini. Plus le voyage avance, plus je tends vers le salé. Surtout depuis que j'ai découvert que toutes les supérettes font des œufs marinés prêts à être consommés.
Je me suis aussi lancé comme défi de tester un maximum de saveurs d'onigiris. Ma préférence va toujours aux œufs de colin épicés, suivi de près par le saumon mayonnaise.
Les autres goûts testés pour le moment incluent tempura de poulet, fromage et saumon, salade d'algues épicée, et quelques versions "de luxe" qui mélangent riz, blé et orge autour de flocons de bonite et de fèves d'edamame.
Pour ce qui est de la boisson, je reste fidèle aux Jihanki (le petit nom des distributeurs automatiques)
On refait une nouvelle fois les sacs et la matinée est passée comme souvent entre quais de gare et trains variés.
On découvre par hasard les petites échoppes de nouilles implantées en bout de quai, mais le petit déjeuner est trop récent pour avoir la force d'engloutir un bol.
Cette fois-ci, je repère les wagons sans réservation de sièges. On se met dans la bonne file avec juste ce qu’il faut d’avance, on s'assoit sans encombre dans le premier train express et on attrape la correspondance avec le Shinkansen sans le moindre accroc. Ça commence à rentrer.
Arrivée prévue à 11h30 à Nagasaki. Notre hôte, Taku, insiste pour venir nous chercher à la gare et nous amener jusqu'à l'appartement "qui est vieux, mais très bien placé ». Effectivement, les deux pièces sont un peu encombrées et un peu vieillottes, mais elles sont fonctionnelles et placées à deux pas du centre-ville et des arrêts de tram (pas de métro à Nagasaki).
Taku insiste pour nous faire la visite de l'appartement et nous expliquer comment nous l'approprier. Le tout dans un Anglais sommaire et mâtiné de japonais qui met instantanément mon cerveau en dissonance cognitive alors que je tente de jongler entre les deux langues.
Nous recevons, comme cadeau de bienvenue, une barquette de Castella, cette génoise typique du Japon et qui semble être une des spécialités de Nagasaki ("Celle-là est très bonne et pas chère, pas comme celles qui sont vendues aux touristes.")
En parlant de spécialité, nous proposons à notre hôte de nous conseiller un restaurant et de nous y accompagner pour le repas du midi.
Taku se remet illico en mode efficace et décide de nous conduire sur le port pour nous faire découvrir le premier restaurant de Chanpon, un plat de nouilles qui mélange influences Chinoises et Japonaises et qui a été servi pour la première fois au Shikairo, un restaurant chinois du port de Nagasaki.
"Chanpon" signifie donc mélange. Et c'est un mot qui correspond bien à cette ville cosmopolite comme nous allons bientôt le découvrir.
Le repas se passe entre anecdotes de foot (Taku est fan de Zidane) et considérations politiques (il a un petit faible pour Chirac et est impressionné par la différence d'âge entre Macron et sa femme). Nous profitons de trois bols de nouilles accompagnées de Gyozas frits et prenons quelques photos de la vue du port depuis la baie vitrée du restaurant.
Puis nous nous séparons de Taku et partons de notre côté explorer la ville, sous un soleil qui ne faiblit pas.
(toilettes tagguées au Japon)
Nous commençons par escalader une petite rue pavée bordée de boutiques en direction de Glover Garden et ses maisons coloniales qui dominent la baie.
Au passage, nous nous arrêtons dans une boutique qui propose des livres pour enfants de tous les pays, écrits ou traduits en Japonais.
Dur de résister à l'achat de Max et les Maximonstres ou des Beatrix Potter... Mais il faut faire des choix dans le chargement des sacs.
J'ai juste pris la playlist Spotify pour mes prochaines lectures au coin du feu.
La ville est une destination prisée des écoliers qui fourmillent calmement ça et là, casquette vissée sur la tête et plaque d'exploration autour du cou.
Nous laissons donc passer le flot et nous engageons à notre tour en direction de l'entrée du jardin.
Je me suis préparée mentalement à grimper un peu, mais c'était sans compter l'organisation à la japonaise qui a flanqué la colline de deux escalators couverts de tonnelles vert d’eau et que l'on emprunte au son des cornemuses.
On prend donc de la hauteur au milieu des plantes du jardins et des balustrades en bois des maisons coloniales tout en gardant en ligne de mire un immense paquebot de croisière qui a jeté l'ancre dans la baie. Le ton est donné, la ville ne sera pas à un contraste près.
Glover Garden se trouve sur une colline dans le quartier de Minami Yamate. C’est dans ce quartier que s’est installé Thomas Blake Glover, un industriel écossais qui voulait importer du thé vert japonais. Sa maison, Glover House, a fêté ses 160 ans cette année et est connue comme la plus ancienne maison de style européen du japon.
La colline abrite en tout une dizaine de maisons de style colonial et dispose surtout d’une vue imprenable sur le port, ce qui en fait un des endroits populaires pour les habitants de la ville qui peuvent venir se promener dans le jardin et même s’affubler de costumes d’époque pour s’imprégner de l’atmosphère romantique du lieu.
La vue depuis les hauteurs est magnifique et, une fois arrivés au bout de l'escalator, nous n'avons plus qu'à suivre les flèches pour descendre en serpentant entre les terrasses,
les treillis entremêlés de glycine, les patios et les porches de bois peints.
Même pour des européens, le lieu n'est pas commun et Nagasaki met un point d'honneur à mettre en avant ses particularités culturelles. Des églises parsemées un peu partout à Glover Garden, en passant par China Town, la rue Hollandaise et Dejima, véritable village dans la ville, on comprend pourquoi le Chanpon est devenu le plat symbolique du coin.
Une fois le jardin visité, nous partons dans la direction de ce que nous espérons être the Dutch Slope, ou la rue Hollandaise.
Comme on aime particulièrement les chemins de traverse, nous empruntons un petit labyrinthe de ruelles et d'escaliers, envahi chats sauvages stérilisés qui baladent leur oreille coupée en V entre les tombes et les autels.
Arrivés à quelques mètres de la Dutch Slope, un habitant, au volant de sa Suzuki Hustler fait demi-tour en nous voyant, baisse la vitre et se lance dans une tentative de communication avec Catherine. Je tente de lui prêter main forte.
Qu'on se le dise, les Jiji de Nagasaki n'ont pas l'option "langue claire et articulée" et communiquent essentiellement en borborygmes.
Devant mon air désemparé, il hèle une jeune lycéenne qui s'arme de ses rudiments d'Anglais et de Google traduction pour nous dire que ce charmant monsieur se propose de nous emmener voir la vue nocturne de Nagasaki en haut du mont Inasa, une des plus belles vues nocturnes au monde avec Shanghai et Monaco.
Nous refusons poliment (c’est prévu dans le programme de demain) puis repartons vers le haut de la colline en suivant de petits escaliers qui longent les terrains de sports occupés à cette heure-ci par des grappes de lycéens en plein match de basket, de volley ou de course de relai.
C'est à peu près à ce moment-là que mes pieds décident de faire grève et que je me retrouve à contempler avec douleur l'idée de la moindre marche d'escalier.
Tant pis pour Dutch Slope, et tant pis pour China Town. Si je veux rester aimable, il me faut au minimum 8h de sommeil, un repas chaud et une demi-heure de silence total.
Nos chemins se séparent donc et je monte à bord du tram bondé pour retourner à l'appartement pendant que Papa et Catherine poussent une petite heure supplémentaire dans la cohue et les néons qui s'allument (ils rapporteront d'ailleurs des fruits, denrée rare depuis le début du voyage... Notre système digestif se tapisse peu à peu de riz et d'œuf.)
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Bonite - Thon
Edamame - fèves de soja

















