Les méandres de Yanagawa
Petit réveil en douceur sur le futon. Le décalage horaire commence à s'estomper. Comme tous les matins, je replie le lit, je débranche les 12 appareils qui ont chargé pendant la nuit et je refais le sac pour la journée.
Vu que chaque centimètre de rambarde des studios alentours est recouvert de vêtements en train de sécher au soleil, et que la météo va tourner autour de 25 degrés, j'en profite pour laver et faire sécher l'unique jean que j'ai emporté (alors que je sens que les pulls ne vont pas me servir énormément) et je tente le look pantacourt / chaussures Quechua.
Le studio est tellement petit que pour avoir un semblant d'espace, il faut ranger au fur et à mesure. En espérant que ça me gagne du temps demain quand il faudra refaire les sacs.
Départ plus matinal aujourd'hui, direction la petite ville de Yanagawa, au sud de Fukuoka. Elle est aussi appelée la Venise de Kyūshū et propose des visites en barque sur les canaux de la ville.
Premier challenge, repérer le bon train et prendre les billets. Heureusement, Catherine a noté tous les itinéraires à grand renfort de préparations avec le routard, et Google Maps nous sert souvent seulement à vérifier les informations. Mon rôle consiste à identifier le personnel de gare et à demander le numéro du quai en cas de correspondance.
Pas de JR possible sur ce trajet. Le deuxième challenge consiste donc à prendre 3 billets aller-retour sur la machine.
Il y a parfois des options sur la gauche avec des boutons qui représentent le nombre de personnes qui voyagent. Il suffit d'appuyer dessus pour récupérer la commande en autant d'exemplaires que nécessaire.
Pas de chance pour nous, le billet pour Yanagawa ne dispose pas de cette option (ne me demandez pas pourquoi) et on se retrouve donc à renouveler la commande 3 fois, avec une file de gens qui s'allonge derrière nous.
Ceci dit
1- on n’était pas en heure de pointe
2- c'est plus simple au Japon qu'à Paris.
On embarque ensuite dans le Limited Express pour 50 minutes de trajet.
Il existe plusieurs types de trains au Japon, qui s’arrêtent à plus ou moins de gares et sont donc plus ou moins rapides pour se rendre à destination.
Le Shinkansen (TGV) est le plus connu et le plus rapide. Les trains locaux (futsū) sont les plus lents et s’arrêtent à chaque gare.
Entre les deux, vous avez souvent l’option Limited Express (tokkyū) qui s’arrête dans les gares les plus utilisées, ou Express (kyūkō) qui dessert un peu plus de gares.
Vous pouvez donc arriver plus vite à destination en maîtrisant l’art du « Norikae », c’est-à-dire du transfert.
Il « suffit » de prendre un Limited Express jusqu’à la gare la plus proche de votre destination qui vous permette de changer au dernier moment pour un train local… Les Japonais sont habitués à cette gymnastique. Mais en tant que touriste, elle demande des nerfs solides et un site d’itinéraires fiable… ce que nous n’avons pas.
On s'assoit et on en profite pour manger les viennoiseries attrapées au passage au Family Mart.
On a évité la brioche éponge et Catherine se passe très bien de tout ce qui est estampillé "margarine". On a donc pris ce que nous pensions être des petits pains au chocolat (ce sont de vrais morceaux de tablette de chocolat dedans... Les Japonais ont enterré le débat sur la chocolatine) pour finalement découvrir qu'en guise de chocolat c'est finalement une pâte aux haricots rouges qui sert de garniture. Les Toulousains ne sont pas prêts...
En ce qui concerne la boisson, je biberonne joyeusement mon thé au lait concentré sucré récupéré au distributeur automatique.
Catherine préfère le thermos de thé et sa tasse, ce qui n'est pas sans difficulté dans le roulis constant du train (qui semble évidemment s'intensifier dès qu'elle essaye de porter la tasse à ses lèvres).
Arrivés à Yanagawa, la première impression reste très urbaine. En matière de canaux, on voit surtout des cours d'eau bétonnés comme souvent dans les villes japonaises.
Là aussi, les recherches en amont de Catherine nous permettent finalement de prendre la direction du ponton pour embarquer avec les bateliers qui vont nous emmener 4km plus loin pour rallier le centre à l’issue d’une balade découverte au fil de l’eau.
Vu le soleil qui tape, ils proposent des chapeaux pointus en osier à louer pour 100 yen. On peut donc choisir entre le ridicule et l'insolation.
Vu ma résistance au soleil, je choisis d'avoir l'air conique....
La balade est ponctuée de passages de ponts plus ou moins étroits que le batelier négocie impeccablement pendant qu'il déroule un boniment sur l'histoire de Yanagawa dont je ne comprends pas un traître mot.
Son Anglais est quasiment inexistant et un petit Jiji se met à essayer de nous traduire des mots avec enthousiasme dans ce qui lui reste de Français.
À mi-parcours, on nous annonce un "Doraibu-surū" (drive through), un petit arrêt le long d'une cabane sur la rive qui surplombe la rivière et dans laquelle deux commerçants s'affairent à distribuer, par dessus la rambarde, des glaces au raisin, à ou la vanille, accompagnées de coca ou de saké aux touristes qui attendent assis dans la barque.
Les rives sont couvertes d'arbres et de plantes que nous tentons d'identifier : grenades, yuzu, hortensia et gingembre papillon (la découverte olfactive de la journée... Si seulement on pouvait ramener les odeurs...)
Après 4 kilomètres de balade aquatique et botanique, le batelier fait un créneau avec la barque sur laquelle il devra ensuite rentrer seul à la force des bras à notre point de départ.
Nous débarquons sur une esplanade dominée par une maison blanche de style colonial dont on apprendra plus tard qu'elle faisait partie des points d'intérêt.
C'est vrai qu'on est plus intuitivement attirés par les temples que par les maisons de style européen.
Le centre-ville se déploie de chaque côté d'un large canal dont les rives sont bordées de restaurants (la spécialité servie à Yanagawa est l'anguille), de poissonneries et de petites échoppes dont les vendeurs sont à l'affût des moindres touristes pour tenter de les convaincre d’acheter un tablier.
Les petites Baba japonaises s'extasient devant ma peau de pêche et mes yeux verts... Je pense qu'elles font délibérément abstraction des cernes, et le fait que je n'aie pas de miroir pour me coiffer depuis 3 jours ne doit pas arranger le tableau... Mais la fin justifie les moyens.
Nous partons un peu en dehors du centre pour enfin nous perdre dans les petites rues de quartier envahies de potées de fleurs, de chats errants et de corbeaux qui se perchent sur les Toyota cubiques dans les allées des maisons.
On s'arrête dans les temples qui ponctuent la balade. On croise quelques écoles dans lesquelles résonnent les cris des écoliers (pas de vacances au Japon en cette période de l'année).
Après une petite heure, la faim se fait sentir et on se dit que ça pourrait être sympa de se poser devant un plat d'anguille.
On se présente donc devant un restaurant dont les sièges surplombent le canal et je tente de passer une commande plus efficace que la dernière fois (traumatisme des brochettes).

"Une anguille grillée, une anguille vapeur, un sashimi d'anguille sauce ponzu et un bol de riz en plus svp?"
La serveuse amène les plats et un bol supplémentaire... Vide. Pour partager le riz qui accompagne les anguilles en menu.
On finira par y arriver.
Je confirme donc que les Japonais savent me faire manger du poisson que je ne mange pas d'habitude. Pas fan du côté "rognures d'ongles" des arrêtes d'anguille, je me retrouve à manger avec plaisir celle qui m'est servie, accompagnée de riz sauté et d'une soupe miso.
Petite surprise au niveau de la note, les prix affichés en gros sont hors taxe (bah oui, j'avais pas lu l'article de Kanpai... C'est chose faite)
Du coup ça fait un peu bim sur le portefeuille et on va se rabattre sur le Konbini pendant quelques temps.
À la sortie du restaurant, la ville s'est vidée des touristes et nous reprenons la route en sens inverse le long des canaux pour rejoindre le sanctuaire Hiyoshi, dans une bambouseraie entourée de fleurs de gingembre.
La lumière se fait rasante, on croise des habitants en promenade au bord de l'eau. Les touristes étrangers doivent être moins courants dans cette partie de la ville et on nous regarde souvent avec curiosité ou intérêt.
C'est l'heure de la sortie des cours. Les grands, en uniforme noir à boutons dorés, rentrent chez eux par groupes de 3 ou 4. Parfois à deux sur un vélo.
Les petits, casquette jaune vissée sur la tête pour être plus visibles, traversent en grappe au feu rouge, main en l'air pour se signaler et, une fois de l'autre côté de la route, se retournent en s'inclinant pour remercier les voitures qui se sont arrêtées.
La plupart d’entre eux nous gratifient d’un « hello » enthousiaste.
Avec le soir qui tombe, les gens sortent dans les rues ou dans les champs. Des petits feux sont allumés pour brûler la paille de riz qui reste sur les parcelles récoltées.
La ville, qui paraissait plutôt déserte dans la journée, se remet à vivre.
De retour dans le train, on se laisse bercer pendant 50 minutes avant de rejoindre Hakata.
J'ai eu une commande de cartes Pokémon, dont la boutique se trouve au 8ème étage. Les escalators ne fonctionnent qu'à partir de 10h, comme on me l'a indiqué ce matin. C'est donc la dernière occasion, crois-je, d'honorer la commande.
Nous enchaînons les escalators pour arriver dans l'univers survolté et bariolé du Pokémon Center ou je me liquéfie devant le choix de cartes proposé.
J'attrape un paquet à la volée, fais deux ou trois photos rapides et me dirige vers les caisses où une hôtesse avec des oreilles de Pikachu en papier encaisse mon achat avec un grand sourire.

Mission accomplie, on bat en retraite puis on s'extrait du labyrinthe de la gare après avoir retrouvé la bonne sortie (ce qui, même au bout de trois jours constitue un exploit en soi) en direction du Konbini pour acheter un plat à réchauffer et amortir quelque peu la note du resto du midi.
C'est devant un okonomiyaki sous plastique que nous nous rendons finalement compte que le compte de nuits n'y est pas et que nous devons trouver un hébergement en urgence pour la nuit qui vient, entre Fukuoka et Nagasaki.
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ponzu - Sauce à base de sauce soja et de citron
Okonomiyaki - un mélange de crèpe et de tortilla fourrée au chou et aux ramen, puis recouverte de bacon et de sauce brune.





































