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RockBeef

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26 octobre 2023

Le Temple dans la Montagne: Yūtoku Inari-jinja

IMG_7137Même si on redort à Fukuoka ce soir, il faut quitter le AirBnb avant 10h. On décide même de prendre de l'avance et dès 8h30, les sacs sont déjà sagement rangés dans une consigne de la gare et on part le dos léger vers le comptoir de la ligne JR pour prendre un train vers le sud.

Entre un Google maps fluctuant et l'absence d'employé mobile, on se décide à faire la queue pour prendre deux billets en direction de Kashima. 

En quatre jours, mon vocabulaire autour de tout ce qui est ferroviaire s'est considérablement affiné, et je comprends sans grande difficulté les informations qu'on me donne. Je me sens pousser des ailes.

On passe donc les portiques et on attrape un peu à l'arrache le train de 8h54 qui nous attend sur le quai numéro 3

Sauf que...20231026_112632

On n'a pas pensé à regarder quels wagons étaient réservés au Jiyuu-seki, c'est à dire les sièges en placement libre.

Ce qui fait qu'au bout d'une dizaine de minutes, trois salarymen tout en costume et attaché case trouvent trois touristes les fesses bien posées dans leur siège. 

On se rapatrie donc à grand renfort de courbettes dans les voitures en queue de train et on va s'asseoir au hasard des places libres restantes. 

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On a pu remarquer dans les trains locaux qui disposent de banquettes longues en face à face que les Japonais hésitent à s'asseoir à côté de nous, pour la plupart. Pour cette fois, ils n'auront pas eu le choix.

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Google Maps buggue une nouvelle fois, mais le train fait partie de ceux qui diffusent un affichage bilingue sur les stations desservies, ce qui fait qu'on descend sans trop de problème à Kohoku pour notre transfert sur le train local qui doit nous amener à destination. Encore faut-il trouver le quai... Moi qui commençais à me sentir en confiance, j'ai un peu l'impression de vivre les aventures d'une Gaijin en vacances... 

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On erre entre deux quais quand j'avise un contrôleur sous sa casquette sur la plateforme d'en face. Je l’hameçonne, balbutie quelques mots de japonais et il nous indique finalement le bon quai, le bon train et on peut enfin laisser faire la machine et profiter du paysage.

Direction Kashima, petite ville rurale (selon ses habitants... Moi je trouve qu'elle est encore sacrément bien desservie) depuis laquelle nous devons prendre un bus qui doit nous emmener à Yutoku Inari Jinja, un des trois plus grands sanctuaires dédiés à la déité Inari (dont le plus connu est celui que nous avions déjà visité à Kyoto il y a quatre ans et qui était un peu blindé.)

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Le paysage depuis les fenêtres du train commence effectivement à faire plus de place à la nature. Les maisons sont plus clairsemées et traditionnelles et les talus sont couverts de Verges d'Or (une fleur que ma grand-mère affectionnait particulièrement... Je préfère pour ma part les volubilis et je le note ici pour les générations futures).

IMG_7204On débarque dans le soleil de fin de matinée sur un quai au milieu de la plaine. Seul le thème musical de la gare se fait entendre. Exit les bruits de la ville, les sirènes, les piaillements du feu rouge, le jingle du Konbini, les annonces à chaque ouverture de porte... Le Japon est adapté aux aveugles, mais c'est parfois être sourd qui s'avérerait pratique.

Nous avons environ une demi-heure à occuper avant le bus de 11h00. Les employées qui s'occupent des réservations rechargent nos cartes Pepsicoca pour nous, et je demande si elles pourraient nous indiquer un Kissaten où patienter. 

Celle qui nous a pris en charge me regarde avec un air un peu affolé et se confond en excuses. La ville est bien trop isolée pour disposer d'un endroit aussi moderne qu'un café. "Nous avons un Konbini tout près par contre." Ajoute-t-elle avec une pointe de soulagement.

Moi, la campagne me va très bien. Les onigiris du Konbini ne m'écœurent pas encore et je renonce volontiers à Starbucks si ça me permet de découvrir des endroits plus reculés au Japon.

On fait le plein de repas sous plastique (curry bread, oeufs marinés et petite salade) et on va se poser à l'arrêt de bus.

20231026_112333Au bout de quelques minutes à attendre à l'endroit annoncé, nous voyons la dame venir vers nous à petits pas pressés dans son tailleur pour nous annoncer que le bus aura finalement 7 minutes de retard. En bons français habitués à ce genre d'imprévus, nous la rassurons bien vite. Il en faut plus pour nous faire peur.

Nous embarquons finalement dans le bus qui nous dépose au bout d'une vingtaine de minutes sur un parking encaissé au fond d'une vallée.

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IMG_7132La rue qui mène au sanctuaire est enjambée par un torii géant et bordée d’une rangée de boutiques encore fermées. Des cerisiers nus aux branches desquels pendent des canettes découpées en moulin à vent sont également plantés de chaque côté de la rue.

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IMG_7138Passées les dernières échoppes, la vue se dégage d'un coup et le temple rouge, accroché à flanc de montagne apparaît comme sorti de nulle part.

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L'émerveillement est palpable. Le bâtiment massif surplombe une cour en gravier ratissé et plantée de quelques arbres. 

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On y accède par un pont rouge vernis qui enjambe un étang où nagent les inévitables carpes Koï. Le toit en tuile noir luit sous le franc soleil d'octobre qui nous accompagne depuis le début du voyage.

20231026_114212Une fois dans la cour, il faut emprunter des escaliers sous une file de Torii auxquels sont suspendus des centaines de Fūrin en verre qui tintent résolument à chaque souffle de vent.

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Nous profitons d'une terrasse bien placée pour sortir notre pique-nique Konbini et finissons par une petite prière à la déesse des récoltes et du thé.

Le chemin continue ensuite à flanc de montagne, d'abord dans l'enceinte même du temple, puis il suffit de suivre les Torii pour s'aventurer plus loin dans la montagne.

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On attrape un bâton de pèlerin mis à disposition puis on se lance dans la randonnée. 20231026_125056On passe de petits autels dans lesquels veillent des petits renards en porcelaine blanche et rouge. 

Les Torii se font plus vieux et vermoulus au fur et à mesure de l'ascension. Pas un touriste à l'horizon, ou si peu. 

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Rien à voir avec l'ambiance grouillante de Kyoto.

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Après quelques minutes de montée un peu raide sur des marches irrégulières, on débarque finalement sur une terrasse qui surplombe la baie et la mer d'Ariake.

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Le pèlerin assoiffé, à ce moment de la randonnée, pourra d'ailleurs s'acheter une bouteille dans les distributeurs automatiques qui flanquent les derniers Torii et qui devraient, à mon avis, avoir leur temple dédié au Japon.

IMG_7150 bAlors qu'on déplie la carte pour faire un point sur l'itinéraire des prochains jours, je remarque deux autres japonais dans la force de l'âge qui, comme mon père, semblent avoir une affection particulière pour les chemises à carreaux.

Nous leur proposons donc de prendre une photo souvenir tous les trois, ce qui donne lieu à un petit moment d'échange sympathique (mais si vous voulez voir la photo, il faut faire partie du club VIP) avant de prendre le chemin de la descente.

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Pas de risque de tomber... Une bonne partie des visiteurs du temple ayant plus de la cinquantaine, des rambardes sont fermement arrimées de chaque côté du chemin. On finit donc les rotules un peu tremblantes mais sans avoir glissé une seule fois. Il paraît que c'est quand même une autre paire de manches en hiver.

20231026_141331Une fois redescendus, il nous reste le jardin japonais à découvrir. Une palissade de volubilis cache un entrelac de petits sentiers qui serpentent entre les érables, les talus de mousse et la petite mare qui abrite les carpes.

 

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20231026_142501On retrouve aussi les éléments indispensables comme le pont rouge et un petit pavillon en bois dont le tintement des fūrin, en porcelaine cette fois, est plus cristallin que la nuée de clochettes en verre du temple.

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Dans une vasque en pierre alimentée par une fontaine en bambou, je remarque un assortiment de petites boules en porcelaine qui me vont droit au cœur.

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20231026_144315Le gardien du jardin, qui a tenu, comme la majorité des gens qu'on croise, à nouer la discussion, m'indique que ce sont des ukidama: des petites boules flottantes décorées qui s'entrechoquent au gré des vaguelettes de la fontaine. Ne reste plus qu'à en trouver pour en ramener dans mes bagages, mais j'ai fait chou blanc dans les boutiques croisées en chemin.

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20231026_111938Retour au parking des bus et tentatives frustrantes pour déchiffrer le tableau des horaires... Et encore, je sais reconnaître deux-trois Kanji...

J'imagine le mal de tête pour ceux qui cherchent une info en Anglais quelque part. Heureusement que Google traduction, malgré tout le mal que j'en dis à mes élèves, fait un boulot décent de traduction instantané à partir de photos.

En ce qui me concerne, et histoire de continuer à affiner mon vocabulaire, je me dirige automatiquement vers le chauffeur d'un bus en attente au dépôt. Il nous confirme que le prochain bus s'arrête à la gare, mais que nous ne pouvons pas monter dedans en avance et que nous devons aller attendre une dizaine de mètres plus loin, devant l'arrêt officiel.

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Lorsqu'il comprend que nous sommes français, il sort prestement un petit carnet à spirale de la poche de sa chemise et entreprend de noter en katakana la prononciation de Bonjour, Merci et... Au Revoir (très difficilement prononçable à partir des sons japonais). Je lui donne donc une version alternative qu'il s'essaye à prononcer avec plus ou moins de succès.

Devant ses oreilles en fleur de chou, mon père lui demande s'il a pratiqué le rugby. "Le Judo" répond-il... Même si le sport est moins populaire maintenant comparé au baseball ou au tennis par exemple. 

Puis il met son masque et nous demande de nous positionner devant la porte de l'arrêt un peu plus loin. Place au professionnalisme.

20231026_152445De retour à Kashima, nous devons, une fois n’est pas coutume, patienter une bonne heure pour voir arriver notre train. C’est peut-être effectivement ça, la campagne japonaise.

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Les sacs sont récupérés à la gare de Hakata, et nous devons une nouvelle fois nous battre avec une réception d'hôtel désincarnée avant de récupérer le code de la chambre que nous avons réservée in extremis hier.

20231026_182939En matière de dernière minute, on fait pire. La chambre est deux fois plus grande que le petit studio qui sentait le foin. La bouilloire chante le menuet en sol majeur de Bach, la salle de bain fait la taille de la cuisine de notre logement précédent, elle peut aussi faire buanderie et sèche-linge. Les trois lits doubles sont posés sur une estrade en hauteur et séparés de la pièce principale par une cloison palissée en bois. 

En ce qui me concerne, c'est le premier vrai lit qui me tend les draps depuis le début du voyage, et je compte bien en profiter un maximum.

***

Gaijin - Terme peu élogieux pour parler des touristes étrangers qui ne comprennent pas les subtilités du pays.

Kissaten - Café 

 

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